Éboulements et glissements de terrain : la gravité à loeuvre
"Entre onze et onze heures et demie ce matin, une partie du cap, située vis-à-vis des magasins du Roi, dune largeur denviron deux arpents (360 pieds), sest éboulée, avec un fracas épouvantable, emportant avec elle le mur des fortifications, sur les maisons qui bordaient la rue Champlain en cet endroit."
Cest ainsi quun journal de lépoque a décrit léboulement du 17 mai 1841. Trente personnes périrent et six maisons furent détruites à la suite de cet événement, lun des plus catastrophiques quait connu la région de Québec.
Les talus quon observe au pied de la plupart des pentes démontrent bien luniversalité des éboulements, glissements de terrain ou mouvements de masse. Ces phénomènes géologiques opèrent à toutes les échelles et ce, tant sur la terre que dans les océans. Ils représentent une forme importante dérosion. En effet, les roches sont toutes soumises aux intempéries dès quelles sont mises en contact avec lair. Quand lHomme sinstalle au pied des falaises, il le fait à ses risques.
Les éboulis ont fait à maintes reprises les manchettes des journaux à Québec depuis les années 1700. Cest le quartier Champlain, au pied du cap Diamant qui a été le plus touché. En effet, plusieurs conditions propices à ces phénomènes sy trouvent réunies. Plus la pente est forte, plus le risque déboulis est élevé. Plus la dénivellation est grande, plus les débris acquerreront une grande vitesse en dévalant la pente et plus ils pourront causer des dommages arrivés à la fin de leur course. Le fait quon ait grugé au pied de la falaise pour gagner du terrain sur la montagne naura quaggravé le risque déboulis car le haut de la pente devient alors instable. En labsence de végétation, rien ne pourra ancrer les débris ou le sol. Au cap Diamant, les plans de faiblesse des roches sont parallèles à la pente de sorte que des grands pans de roches peuvent se détacher et glisser vers le bas.
Si cest la gravité qui est la cause première de ces mouvements de masse, leau et lair sont des facteurs qui les facilitent en agissant comme lubrifiants. Pas surprenant que certains éboulis ont eu lieu suite à des pluies abondantes. Parmi les autres facteurs déclencheurs, notons le phénomène de gel et de dégel et les vibrations engendrées lors de séismes. Certains des éboulis au cap Diamant ont même été reliés à des tirs de canon.
Au nord de Québec, le parc de la Jacques-Cartier offre plusieurs exemples spectaculaires dun autre type de glissement de terrain : les glissements pelliculaires. Ceux-ci se produisent dans des pentes abruptes, de plus de 35°, quand la mince couche de débris ou de sol qui recouvre le roc est mise en mouvement. Ces glissements sont causés lorsque le sol dans la partie supérieure de la pente devient saturée en eau. Ils laissent de longs couloirs de quelques dizaines de mètres de largeur dénudés de toute végétation.
On dispose de techniques efficaces pour diminuer le risque déboulements là où cela mettrait des vies humaines en péril. On peut enlever le matériel instable, adoucir la pente, ancrer des boulons et poser un grillage. Toutes ces techniques ont été utilisées le long du boulevard Champlain et de la rue Sault-au-Matelot.
Liste des éboulis
| 2 octobre 1775 rue Champlain | Une maison endommagée | Tir du canon |
| 22 juin 1779 au pied du cap Diamant | Deux hangars endommagés | Pluies torrentielles |
| 14 mai 1789 cap Diamant | Une maison endommagée | |
| 17 mai 1841 rue Champlain | Vingt-sept morts, six maisons détruites | Forte pluie |
| 14 juillet 1852 | Cinq morts | Pluies torrentielles |
| 11 octobre 1864 | Quatre morts, deux maisons détruites | |
| 19 septembre 1889 rue Champlain sous la terrasse | Quarante-cinq morts | Pluies diluviennes |
| 9 novembre 1905 | Deux maisons endommagées | |
| 28 juin 1957 rue Champlain | Plusieurs maisons endommagées | |
| 28 mars 1958 rue Champlain | ||
| 24 ou 25 avril 1979 | Aucun dommage | Gel-dégel |
| 1er avril 1982 | Aucun dommage | Inconnue |
| 10 septembre 1982 | Aucun dommage | Pluies abondantes, nettoyage du talus déboulis |
| 18-19 mars 1983 | Destruction dune maison | Pluies abondantes |
| 4 avril 1984 | Aucun dommage | Inconnue |
| 20 février 1994 | Aucun dommage | Dégel rapide |