La géologie, aujourd’hui

Éboulis, glissements de terrain, tremblements de terre, crues printanières, érosion des berges, pollution des nappes d’eau souterraine, sols contaminés, exploitation de nos ressources minérales, les pierres qui ont bâti nos villes, autant de thèmes au coeur de nos vies qui ont en filigrane le géologue.

 

Les pierres qui ont bâti la ville

Le temps d'une randonnée dans le Vieux-Québec et vous constaterez vite qu'une grande variété de pierres ont été utilisées au cours des siècles. Calcaire, grès, shale, granite parent nos édifices. Ce qui n'est peut-être pas évident, c'est que l'emploi de ces pierres est intimement lié à notre histoire.

Au début de la fondation de Québec, on a exploité la pierre du cap Diamant, à proximité des zones habitées de Place-Royale. On l’appelait la pierre du Cap. C'était la pierre la moins chère et la plus facilement disponible. Puis on a successivement exploité le calcaire de Beauport, puis celui de la Côte-de-Beaupré, le calcaire de pointe aux Trembles à Neuville, le grès de l’Ange-Gardien, le grès de Sillery et enfin le calcaire de Saint-Marc-des-Carrières.

Puis, graduellement, à mesure que les moyens de transport facilitent les déplacements, en particulier avec l’ouverture du chemin de fer en 1875, on a fait appel de plus en plus régulièrement au granite de Rivière-à-Pierre, au granite gris des Cantons de l'Est, à la pierre grise de Montréal ainsi qu’à des pierres de taille des États-Unis et d’autres provinces canadiennes. Aujourd'hui, des pierres nous proviennent de partout dans le monde. Par exemple, de l'ardoise de l'Écosse a récemment servi à construire le Palais de Justice.

Voici donc une bien courte histoire des pierres qui ont bâti Québec. Chacun des trois grands ensembles géologiques du Québec a contribué des matériaux de construction.

Les pierres des Appalaches

Pour les premiers colons venus s’établir en Nouvelle-France, la recherche de matériaux de construction adéquats est une préoccupation importante. Les premières maisons sont des maisons de colombage pierrotté. Celles-ci témoignent de la proximité des sources de bois et de pierre. "Il s’agissait de mettre debout des pièces de bois de distance en distance et de remplir les espaces avec de la pierre et du mortier." Après l’incendie de la Basse-ville en 1682, on encourage la construction de maisons en pierre. On assiste aussi à la diversification des sources d’approvisionnement des pierres de construction. Le nombre de maisons en maçonnerie augmente donc considérablement jusque vers les années 1750 alors que la majorité des maisons sont contruites en pierre.

La pierre du Cap

La première pierre exploitée est celle du Promontoire de Québec au coeur même de la ville. Il s’agit d’un shale calcareux noir qui se débite facilement mais qui ne permet pas une maçonnerie de bonne qualité car il se lie mal au mortier. De plus, il se débite en minces couches parallèles au litage après avoir été exposé à l'eau et à l'air.

Cette pierre qu’on appelle la pierre du Cap ou la pierre de Québec est surtout employée pour les parements intérieurs des édifices. Pour le parement extérieur, on la place de façon à ce que les pierres soient dans le sens du lit de carrière et on enduit le mur d'un crépis. Certains édifices ont la facade au fleuve ou avant d'une pierre de meilleure qualité et les autres façades en pierre du Cap. Pourquoi cette pierre est-elle si populaire malgré sa piètre qualité, au cours du régime français? À cause de la proximité des lieux d'approvisionnement et, par conséquent, de son moindre coût.

Il y avait en effet de nombreux sites d’exploitation: au pied du cap Diamant, au pied de la Côte d’Abraham, à la Haute-Ville près de la porte Saint-Louis et près de ce qui est aujourd’hui la rue des Carrières. Toutefois, l'exploitation de carrières à l'intérieur ou à proximité de la ville a causé certains problèmes tels les risques d’éboulis.

Le grès de Sillery-Cap Rouge

Ce n’est qu’à la fin du régime français, soit vers 1740, qu’on commence à exploiter cette pierre entre Sillery et Cap-Rouge. Il s’agit d’un grès verdâtre qui fait partie de la Nappe de la Chaudière. Ici et là, cette roche contient des cailloux de quartz et des fragments de shale. Sa dureté qui la rend difficile à tailler et sa tendance à se briser en couches minces en surface expliquent qu’on ne l’a pas utilisé beaucoup jusque-là malgré sa proximité de la ville. Chaussegros de Léry l’emploie pour ériger une partie des fortifications de la ville de Québec. Les Anglais vont l’utiliser abondamment pour construire leurs ouvrages militaires. Il est encore possible de voir des vestiges d’exploitation le long du boulevard Champlain et cette pierre est mise en évidence le long des sentiers près de l’Aquarium de Québec.

 

Les pierres des basses terres du Saint-Laurent

Le calcaire de Beauport

Ce calcaire à grain fin, bleu brunâtre foncé, est de meilleure qualité et de taille plus facile. Il fait partie de la Formation de Neuville des basses terres du Saint-Laurent. Il a été surtout utilisé au 17ième siècle et au début du 18ième pour la construction des parements extérieurs, comme pierre de taille et pour faire de la chaux.

Les carrières exploitées se situaient surtout en bordure de la rivière Beauport, à Beauport. C'était alors très loin du centre-ville. À cette époque, le chemin du Roy reliait Beauport à Québec. Cependant, il était beaucoup plus économique de transporter le calcaire par barge.Sous le régime français, on a abondamment recours à ce calcaire pour ériger les fortifications de Québec. Jusqu’à tout récemment, la carrière de Beauport qui alimentait la cimenterie Saint-Laurent à proximité exploitait le même type de calcaire.

Calcaire de Deschambault à la pointe aux Trembles à Neuville.

La première mention d'utilisation du calcaire de la Formation de Deschambault des basses terres du Saint-Laurent comme pierre de taille remonte à 1714. C'est le calcaire de la meilleure qualité que l'on puisse retrouver dans la région de Québec. Il est généralement très fossilifère et massif et il se présente en lits d'épaisseur uniforme, gris pâle, qui se prêtent facilement à la taille. Ce sont d’abord généralement les mieux nantis qui se servent de cette pierre de qualité dans la construction de leur maison. Dans plusieurs édifices, seuls les cadres de portes et de fenêtres ou les cloisons portantes sont fabriqués de cette pierre. Le calcaire de Neuville sera graduellement délaissé pour faire place à ce calcaire de meilleure qualité qu’on a d’abord extrait à la pointe aux Trembles à Neuville. De nos jours, cette même formation calcaire est exploitée à Saint-Marc-des-Carrières et ce, depuis 135 ans.

Le grès de l'Ange-Gardien sur la Côte-de-Beaupré

L'ingénieur Chaussegros de Léry utilisa abondamment ce grès jaunâtre dans la construction d'ouvrages militaires. À partir du deuxième quart du 18ième siècle, il est employé en parement extérieur des édifices et, plus particulièrement, sur les faces exposées des murs, des clôtures et de quais. On s’en sert également dans la construction des foyers, des cheminées, des murs coupe-feu et pour le pavage des rues de Québec. On n'a pas retracé le site où était exploité ce grès mais on croit que c’était près du village de l’Ange-Gardien, dans l’escarpement et en bordure du fleuve.

 

Les pierres du Bouclier canadien

Acec le développement du système ferroviaire, les pierres utilisées deviendront de plus en plus diversifiées. Les variétés de granites de Rivière-à-Pierre seront des pierres fort prisées pour les pavés, les monuments.

 

Les pierres d’ailleurs

Les édifices récents, quant à eux, réflètent notre ouverture sur le monde : granite de la Finlande, du Brésil, anorthosite du lac Saint-Jean, de la Côte Nord, etc. On recherche un effet et on emploie une pierre qui nous donnera cet effet, peu importe sa provenance.